FEU DE MARSEILLE
Publié le vendredi 16 octobre 2009 à 11H47
L'expertise confirme les doutes du légionnaire sur l'origine de l'incendie
Le 22 juillet, le feu s'était déclaré juste derrière la zone de tir. Les jours suivants, l'adjudant Fontaine (médaillon) était présenté comme seul responsable du drame
Treize lignes qui changent tout pour l'enquête sur le feu de Marseille du 22 juillet. Les experts de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), dans un pré-rapport parvenu au greffe de l'instruction le 5 octobre dernier et dont La Provence a eu connaissance, indiquent que ce ne sont pas les balles traçantes au phosphore tirées dans le cadre de l'exercice dirigé par l'adjudant Philippe Fontaine qui sont à l'origine de l'incendie, qui a consumé 1200 hectares aux portes de la ville. Le légionnaire avait été désigné comme "seul responsable" par la hiérarchie militaire, le préfet et tous les élus furieux.
Exit les balles traçantes
En fait, les spécialistes de l'IRCGN ont analysé des fragments de balle recueillis sur les lieux de départ du feu, déterminé par les gendarmes, dans les collines de Carpiagne. Et ils les ont comparés avec les munitions saisies sur les légionnaires ce jour-là. Et le pré-rapport nº 5118-5375 dit : "Nous pouvons conclure que ces fragments métalliques ne proviennent pas d'une chemise de balle traçante de 5,56 mm NATO modèle F5 du lot 17-RG-02."
En clair, il ne s'agit pas de la dotation des soldats du 22 juillet, les mêmes balles que celles utilisées en Afghanistan. "Sous réserve d'investigations complémentaires qui viendraient contredire cette expertise, je vois difficilement comment on peut continuer à poursuivre Philippe Fontaine", résume son avocate Me Michèle Naudin, à qui nous avons exposé ces conclusions.
Dans une interview exclusive à La Provence, le 11 septembre dernier, le légionnaire, sans "se défiler", nous expliquait "douter d'être le coupable de l'incendie et de l'origine des feux". Il évoquait des impossibilités balistiques et ajoutait que, le 22 juillet, et cela n'a pas été infirmé, il y avait eu cinq départs de feu simultanés sur le site. Alors, l'enquête repart- elle à zéro ?
De source judiciaire, on indiquait que le rapport définitif n'est pas encore "rentré au dossier". Certes, mais les pré-rapports -et ces treize lignes pèseront de tout leur poids- donnent la tendance générale pour affiner ensuite les investigations à mener. Le juge Luc Fontaine en charge du dossier étudie l'expertise. "Mais il faut rester prudent. Il est arrivé que des spécialistes nuancent leurs conclusions ou changent d'avis à la marge", précisait-on hier de source judiciaire.
L'Armée de Terre, embarrassée, assurait hier n'avoir pas eu connaissance du pré-rapport et ne pas avoir désigné le légionnaire comme "seul responsable", mais simplement indiqué qu'il avait dirigé une séance à balles traçantes alors qu'il savait que c'était interdit.
Par Ph. Larue et D. Trossero [plarue@laprovence-presse.fr]
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